Lycée Hector Guimard
1925-2025 : 100 ans d’enseignement professionnel
L’école des métiers de la métallurgie de Lyon voit le jour en 1922, à l’initiative de la Chambre syndicale des industries métallurgiques du Rhône. Son objectif : former une main-d’œuvre qualifiée pour répondre à la demande croissante de ce secteur industriel, notamment après la Première Guerre mondiale. La demande est forte et la loi Astier de 1919, qui rend l’enseignement théorique et général obligatoire et gratuit pour tous les apprentis (donnant ainsi naissance au CAP), renforce la nécessité de structures adaptées.
L’école occupe d’abord des locaux temporaires avant de s’installer, en 1925, au 40 boulevard des Hirondelles (qui deviendra quelques années plus tard le boulevard des Tchécoslovaques). C’est alors le cœur du quartier industriel de Lyon : il n’y a ainsi qu’un pas de l’école (qu’on intègre à 14 ans) à l’usine. L’îlot qu’achète la chambre syndicale est d’ailleurs celui d’une manufacture de pneumatiques, Arnaud Soly & Cie, qui a fermé l’année précédente.

L’école est reconnue par l’État en 1931. Il faut attendre encore cinq ans et d’ambitieux travaux pour que soit transformé en véritable établissement scolaire cet ensemble de bâtiments disparate. Seuls deux éléments sont conservés, : la conciergerie et un escalier (encore en usage aujourd’hui). Un tout nouvel édifice est érigé le long du boulevard, s’étirant sur onze travées et trois niveaux. Avec son architecture moderniste, imposante et minimaliste, il s’inscrit dans la lignée des constructions de Tony Garnier- ou de Paul Bellemain, architecte de la Faculté de médecine et de pharmacie de Lyon. Comme cette dernière, l’école arbore une façade symétrique et solennelle, qui représente la puissance de l’institution (sans jurer avec l’environnement d’ateliers et usines du 7ème arrondissement). Le bâtiment devient une véritable icône du quartier, grâce à ce fronton affichant fièrement le nom d’”École de métiers des industries métallurgiques” (même si, à l’usage, c’est sous le nom “des Tchécoslovaques” que l’établissement est connu).





A la fin des années 1950, en réponse aux besoins pédagogiques de l’époque, et face à la hausse des effectifs, l’école s’agrandit : après d’importants travaux financés par la chambre syndicale, le bâtiment principal est prolongé de onze travées, alignant au total 130 mètres de façade. Mais peu de temps après, il faut encore moderniser, encore agrandir. En 1970, l’établissement devient public et prend le nom de Lycée Technique d´État des Industries Métallurgiques. Malgré ce changement de statut, les travaux et nouveaux équipements attendus par les équipes pédagogiques ne viennent pas et les années qui défilent n’arrangent en rien les problèmes d’exiguïté et d’inadaptation des locaux. C’est par exemple dans des préfabriqués que doit avoir lieu l’enseignement général, qui occupe une place de plus en plus importante.
C’est qu’alors l’enseignement professionnel connaît des bouleversements, avec la création, en 1985, d’un nouveau diplôme : le baccalauréat professionnel. L’idée est d’élever massivement le niveau de formation des jeunes pour leur offrir de nouvelles opportunités et limiter ainsi le chômage (croissant, depuis 1975) tout en répondant, bien entendu, aux besoins du marché en main-d’œuvre qualifiée (polyvalente et autonome). La proportion de bacheliers dans une génération est alors de 29%. L’objectif est de conduire 80% de la classe d’âge “au niveau du baccalauréat” en l’an 2000 (chiffre atteint en 2012). L’enseignement doit s’accorder à son époque, aux transformations technologiques qui suivent la révolution informatique. Cela signifie s’équiper en ordinateurs, renouveler les machines voire transformer les ateliers devenus inadaptés. En somme, les Tchécoslovaques ont besoin d’un grand coup de neuf.





La Région Rhône-Alpes lance à la fin des années 1980 un projet de restructuration et de modernisation modernisation du lycée technique. En 1993, il devient lycée polyvalent et prend le nom d’Hector Guimard. Les architectes Curtelin Ricard Bergeret repensent tous les plateaux techniques, réaménagent complètement l’ancien bâtiment et en érigent un nouveau le long de la rue Claude Veyron, protégé des nuisances sonores du boulevard. Outre des salles de cours, il accueille un internat pensé pour 150 élèves. Avec ce projet d’« extension et humanisation », Hector Guimard double sa surface pour s’étendre sur 16 000m2 (soit un tiers de la Manufacture des tabacs voisine qui, hasard de calendrier, est également dans un processus de transformation, pour devenir l’Université Jean Moulin). Les façades donnant sur rue sont habillées de panneaux d’aluminium, qui rendent hommage et font écho aux formations industrielles du lycée, effacent l’austérité du bâtiment de 1936, passée de mode, et apportent une unité visuelle au site (tout en atténuant les bruits du boulevard).







Au-delà du changement architectural, le lycée vit un tournant avec l’arrivée de nouveaux diplômes : en fonderie, par exemple, trois BTS sont créés. Car sont alors regroupées sur Lyon les formations de fonderie présentes jusque là à St Étienne, Oyonnax et Voiron. Le lycée Hector Guimard, qui se dote au passage de nouvelles machines modernes, devient le pôle régional de fonderie. Conservant ses liens étroits avec le secteur industriel, il fait évoluer son offre de formation en créant en 2002, avec le département chimie de l’Université Lyon 1, la licence professionnelle fonderie.
Dans la décennie suivante, le lycée s’impose également comme pôle régional de prothèse dentaire. Cette dernière, qui était d’abord enseignée aux Tchécoslovaques dans les années 1960 avant de déménager dans un autre lycée, reprend ses quartiers à Hector Guimard en 2014 et s’étoffeque ce soit en nombre d’élèves et étudiants ou en diplômes : bac pro puis un, puis deux BTS, jusqu’au Bachelor prothésiste dentaire numérique, quasi unique en France, qui ouvrira à la rentrée 2025. Si des formations s’ouvrent, d’autres ferment en revanche leurs portes. Ainsi le bac pro modelage disparaîtra-t-il de l’offre de formation à la rentrée prochaine, cédant ses ateliers aux arts et techniques de la bijouterie-joaillerie (un secteur qui représente, en 2024, plus de 1600 emplois sur le bassin lyonnais, répartis sur 45 ateliers).
Une nouvelle page se tourne, et comme depuis un siècle, le lycée Hector Guimard se remodèle, au rythme des besoins économiques et des évolutions technologiques. Ainsi participe-t-il à des projets de recherche et développement avec des industriels, permettant aux enseignants et étudiants de travailler sur des procédés innovants tels que, en fonderie, l’impression 3D sable (le lycée est le seul de France à posséder une telle machine). Avec, toujours, ce même objectif : former, du mieux possible, ses élèves et étudiants aux métiers d’aujourd’hui mais aussi, désormais, de demain.





